Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
100etikt

J'écris un peu, beaucoup et parfois passionnément.

Chez Marks and Spencer la rentrée se fera sans mes enfants

Photo : Marks and Spencer

Lorsque je suis tombée sur cette image sur la page Facebook de Marks and Spencer j’ai eu un choc suivi d’un profond malaise et maintenant une certaine tristesse.

Ce type de campagne publicitaire provoque en moi une fatigue lancinante, car elle me renvoie à ma propre jeunesse, il y a de cela plus de trente ans lorsque je feuilletais les catalogues papiers reçus pour la rentrée. Dans ces catalogues les photographies représentaient des enfants heureux sensés reprendre le chemin de l’école très prochainement et ils ne me ressemblaient pas. Pas un seul enfant sur lequel la projection serait évidente. Pas de petit garçon noir ou de petite fille noire, c’était les années 80.

Plus tard j’ai dû m’habituer à ne pas exister dans les catalogues, magazines, sur les affiches de métro, les panneaux publicitaires et autres médias tel que la télévision, média par excellence avant l’arrivée d’Internet.

C’était ma vie de jeune française noire, ne pas exister, du moins vivre avec le manque de représentation. Ma couleur de peau et les canons de beauté auxquels je pouvais m’identifier étaient pratiquement introuvables en France. Pourtant vivant en région parisienne, je voyais bien qu’être noire dans mon pays de naissance n’était pas chose rare.

Aujourd’hui, je suis une adulte et une maman qui veille à ce que l’estime de soi de mes enfants reste intact autant que possible, mais comment trouver du soutien avec ce type de campagne publicitaire où elles sont exclues d’office ? 

Mes achats depuis un certain temps sont influencés et davantage depuis que j’ai mes enfants par les images, les représentations à travers l’univers proposé par les marques soi-disant « internationales », j’ajoute des guillemets car en l’occurrence pour Marks and Spencer nous n’avons apparemment pas la même définition de ce terme. Je me surprends à refuser à donner mes sous durement gagnés à ces marques qui diffusent des images sur lesquelles mes enfants ne sont pas représentés et donc ne peuvent pas s’y projeter tout comme moi il y a plus de trente ans !

À moins que cela soit l’objectif recherché, afin de plaire, rassurer une clientèle à la recherche de codes, valeurs spécifiques auxquels ni mes enfants ni moi y répondons.

J’attends ce sursaut patriotique, oui j’emploie les grands mots, car oui être patriote c’est aimer sa patrie et pour l’aimer il faut la connaître : une France diverse et multiple. Jacadi, marque française, nous avait pondu le même type de campagne il y a deux ans, ce qui m’avait également fait bondir.

Dois – je en ajouter une couche sur Marks & Spencer qui en plus fait la promotion de la minceur (skinny ou super skinny), ce bon vieux diktat de la minceur voir de la maigreur a encore de beaux jours devant soi.

La diversité n’est pas de la science- fiction mais une réalité.

Il est temps de prendre le « risque » de perdre des clients parce qu’ils ne sont pas prêts à voir la diversité, car disons-le, ils ne le seront jamais, tout simplement parce qu’ils ne le veulent pas.

Je ne parle pas de révolutionner les choses car c’est juste la réalité de notre société : des personnes blanches, noires, métisses, minces, grosses, en situation d’handicap, grandes, petites aux cheveux marrons, roux, blonds, noirs, etc.

À l’heure des évènements actuels qui se déroulent à Charlottesville à l’est des États – unis qui opposent les supremacistes blancs à ceux qui refusent la haine tout bonnement, nous avons tous une responsabilité et elle est d’autant plus grande lorsque nous avons la capacité de véhiculer des images et représentations à grande échelle, donc de toucher un grand nombre de personnes.

Faire le parallèle paraît osé mais l’histoire nous montre que les stigmatisations et discriminations en tout genre ont été relayées par les images car c’est un puissant outil pour modifier les perceptions aussi bien positivement que négativement.

J’ajouterai une dernière chose en tant que consommatrice : j’achète donc j’existe.

Bonne rentrée !


 

 

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :